Rédigé par Yann YAMBA, Psychologue du travail, Conseil RH
Paru dans le Gesec Magazine n°250 – Été 2020


La remobilisation des équipes après la crise passe par plusieurs phases : un état des lieux permettant à chacun de s’exprimer sur son vécu, un partage le plus large possible sur les transformations que la crise peut engendrer au niveau de l’entreprise et une projection sur des objectifs à court, moyen, voire long terme, quand c’est possible.

Remotiver, ressouder, rassurer : telles sont les missions du dirigeant après le confinement. Comment s’y prendre ? La crise pouvant avoir été vécue de façon différente d’une personne à une autre, il n’existe pas de solution toute faite permettant de répondre à toutes les situations. Néanmoins, une chose est certaine : quand le stress augmente, la motivation baisse.
Après la mise en place des protocoles de sécurité, préalables à toute démarche de reprise, vient le moment de manager l’après-crise. Voici quelques conseils pour remobiliser ses équipes.

PRENDRE LE POULS DES COLLABORATEURS

Sonder l’état d’esprit des salariés en leur donnant la parole va permettre de poser les premières pierres du processus pour les rassurer. C’est en effet dans ce premier temps qu’on va récolter les informations pour mesurer le niveau de stress dans l’entreprise, savoir comment les collaborateurs ont vécu la période de confinement. C’est par ce biais qu’on va voir aussi comment ils se situent en termes de fatigue ou de motivation. Cette étape peut se faire de plusieurs façons : en échangeant directement avec tout le monde ou en lançant une enquête interne anonyme en ligne avant de débriefer avec l’ensemble des salariés. Cette enquête peut également être l’occasion de les questionner sur la façon dont ils voient l’avenir de l’entreprise : c’est un bon moyen pour le dirigeant de voir les enseignements à tirer de cette période.

ADAPTER LE PLAN D’ACTION

En fonction des résultats de l’enquête interne et de la consultation des salariés, l’entreprise aura la possibilité d’adapter son discours, d’adapter son plan d’action, surtout si les collaborateurs n’ont pas tous été au même niveau d’action pendant la période de confinement. En effet, certaines entreprises ont dû mettre l’ensemble des salariés à l’arrêt, quand d’autres ont poursuivi leur activité normalement. Au sein d’une même entreprise, certains étaient en télétravail, d’autres en activité partielle et d’autres encore ont continué de travailler sur le terrain. Des entreprises ont vu certains de leurs salariés touchés par le Covid-19. Autant de situations qui font que, en sortie de crise, tout le monde n’appréhende pas la situation de la même façon. Il appartient
donc à l’entreprise d’adapter son plan d’action pour le retour à la normale de chacun, en faisant autant que possible du cas par cas. Objectif : permettre à chacun et chacune de retourner à la normale.

SE MONTRER À L’ÉCOUTE ET DANS L’EMPATHIE

La vulnérabilité et la crainte face au déconfinement, l’impatience et l’enthousiasme à l’idée de reprendre : l’entreprise doit faire face à des différents états d’esprit. Une enquête du GESEC révèle que près d’un salarié sur deux se dit préoccupé pour sa santé et/ou pour celle de ses proches (voir les résultats en fin d’article). Manager l’après-crise passera donc par une nécessaire compréhension et une certaine empathie face à ceux qui manifestent une crainte du retour à la norme. Cette indulgence sera bien vécue par les collaborateurs concernés, qui se sentiront rassurés. Pour le dirigeant, concrètement, cela peut se faire en prenant la parole et en disant de façon explicite qu’il a compris
que cette crise pouvait laisser des traces et que chacun pouvait avoir vécu différemment la situation. Enfin, même si le
redémarrage de l’activité est essentiel pour la pérennité de l’entreprise, ne pas exiger la performance à tout prix dès le départ peut faciliter la reprise pour les salariés les plus inquiets : être d’abord engagés et solidaires tous ensembles, la performance viendra ensuite. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas fixer d’objectifs ambitieux, mais il faut que ceux-ci soient réalistes.

RENFORCER SA BIENVEILLANCE ET SON OPTIMISME

Le management bienveillant est réducteur de stress en entreprise et agit donc aussi sur la motivation. Prendre du temps avec ses équipes pour leur expliquer, par exemple, les nouvelles modalités de fonctionnement (nouvelles consignes de sécurité, sensibilisation aux gestes barrières, formations à venir, etc.)
contribuera à les rassurer. Être à leur contact et se montrer accessible : plus que jamais les collaborateurs ont besoin de savoir que le dirigeant, la figure d’autorité dans l’entreprise, est là pour les soutenir et échanger avec eux. Dans cette période avec de l’incertitude et des émotions pénibles liées au virus, communiquer de l’optimisme sera plus motivant pour eux qu’en cédant au pessimisme ambiant.


L’enquête du GESEC

Courant mai, nous avons diffusé une enquête auprès des collaborateurs du réseau d’adhérents pour sonder le ressenti face à cette période inédite de confinement.
En voici les principaux résultats :

Parmi les collaborateurs interrogés :

  • 58 % ont été en arrêt d’activité (chômage partiel, arrêt pour garde d’enfant, arrêt maladie, congés…),
  • 25,5 % en télétravail,
  • 16,5 % en activité dans les conditions « habituelles ».
  • 88 % se déclarent satisfaits ou très satisfaits de la façon dont leur entreprise a géré la situation.

Aujourd’hui, ils se sentent plutôt bien (score moyen de bien-être de 3,9/5) même si des inquiétudes subsistent.

  • 49 % se disent préoccupés par leur santé et/ou celle de leurs proches.
  • 36 % se font du souci pour leur travail et/ou l’avenir de leur entreprise.

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