Rédigé par Louis LAULIAC, Responsable technique
Paru dans le Gesec Magazine n°250 – Été 2020


Les systèmes de chauffage, ventilation ou climatisation peuvent-ils contribuer à répandre le virus responsable de l’épidémie de Covid-19 ? Difficile de répondre à cette question en l’état actuel des connaissances. On pourra néanmoins se référer aux mesures de prévention préconisées par un panel d’experts européens.

Les connaissances sur les risques de transmission du SARS-CoV-2, nom du virus responsable de l’épidémie de Covid-19, par les installations de chauffage-ventilation-climatisation sont encore partielles et susceptibles d’évoluer au gré des recherches scientifiques ou des retours d’expérience. Dans ce climat d’incertitude il faut saluer l’initiative de l’Association des Ingénieurs en Climatique, Ventilation et Froid (AICVF) qui a traduit et mis en ligne un guide de bonnes pratiques relatif à la prévention de la dissémination virale par les installations de traitement d’air et sanitaires, rédigé par des experts européens de la fédération des associations de professionnels CVC (REHVA).
Ce guide comprend notamment une dizaine de mesures pratiques pour l’exploitation des systèmes CVC, destinées à éclairer les responsables d’installation, la jurisprudence voulant que l’appréciation de la connaissance du risque s’effectue dans le contexte des données techniques et scientifiques du moment.

QUEL EST LE RISQUE DE CONTAMINATION ?

Pour mémoire, la transmission du SARS-CoV-2 a lieu principalement par l’émission de gouttelettes d’une personne infectée, lors d’une conversation par exemple, en cas d’absence de mesures adaptées de protection. Dans un avis du 8 avril 2020, le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) signale que la simple vibration des « cordes » vocales suffit à produire des particules souvent trop petites pour être visibles à l’oeil nu, mais assez grandes pour transporter des pathogènes respiratoires. Les gouttelettes retombent alors par gravité à proximité de la personne infectée, sauf les microgouttelettes dont la surface d’évaporation est grande par rapport au volume et qui sèchent immédiatement dans l’air pour former des aérosols de résidus secs, lesquels contiennent éventuellement des particules virales.

De tels aérosols en suspension dans l’air pourraient en théorie être aéroportés dans un flux d’air sur de plus longues distances, à la nuance près que, selon le HCSP, il n’existe aucune étude prouvant à ce jour une transmission inter-humaine du virus via des aérosols.

COMMENT LIMITER UNE ÉVENTUELLE DIFFUSION DU VIRUS ?

Dans le guide de l’AICVF, 9 des 14 mesures pratiques préconisées visent en fait à lutter contre une éventuelle diffusion du virus par
les aérosols (lire ci-dessous). À côté de ces mesures, le document formule une série de conseils, parmi lesquels on peut citer :
• Il n’est pas nécessaire de modifier les consignes de chauffage, de refroidissement et d’humidification
• Le nettoyage spécifique des conduits de ventilation au-delà des procédures habituelles n’a pas d’intérêt
• Les filtres sur l’air extérieur et l’air extrait doivent être remplacés selon le calendrier d’entretien habituel
• Toutes les mesures de protection des intervenants doivent impérativement être respectées notamment lors des travaux de remplacement et d’entretien des filtres.

En résumé, les principes de base en exploitation concernent avant tout le bon renouvellement de l’air, la limitation du brassage de cet air par les unités intérieures ventilées et l’application de mesures de protections adaptées pour le personnel de maintenance. La maintenance préventive des installations selon le calendrier d’entretien prévisionnel reste, bien sûr, plus que jamais nécessaire et bénéfique à la santé des occupants des locaux.


9 mesures pratiques pour exploiter des systèmes CVC

  1. Assurer un renouvellement d’air suffisant des locaux
  2. Ventiler au débit nominal au moins 2 heures avant et après la période d’occupation
  3. Maintenir un débit de ventilation la nuit et le week-end
  4. Assurer une aération régulière par ouverture des fenêtres
  5. Faire fonctionner la ventilation des toilettes en permanence
  6. Veiller à ne pas inverser le flux d’air par des fenêtres restant ouvertes dans les toilettes
  7. Neutraliser la recirculation des CTA pour fonctionner totalement en air neuf
  8. Contrôler les fuites éventuelles des échangeurs de récupération de chaleur
  9. Faire tourner à petite vitesse les ventilateurs des unités intérieurs qu’on ne veut pas arrêter

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