Interdiction des chaudières fioul : quel bilan après 4 ans ?
Paru dans Gesec Magazine 273 Printemps 2026
Selon l’Insee, 2,6 millions de résidences principales étaient chauffées au fioul domestique traditionnel en 2022. Quatre ans plus tard, on peine à estimer l’avancée au regard de la trajectoire de « sortie du fioul » souhaitée par le gouvernement.
Une interdiction en vigueur depuis 2022
Depuis le 1er juillet 2022, il est interdit d’installer une chaudière fioul neuve dans les logements et les bâtiments à usage professionnel.
Cette mesure, prévue dans le cadre de la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC), visait à réduire l’empreinte carbone du secteur du bâtiment.
S’il est encore trop tôt pour estimer l’impact sur les émissions de gaz à effet de serre (GES), on peut d’ores et déjà constater la transformation du marché.
Pourquoi interdire les chaudières fioul neuves ?
Selon les chiffres clés du logement (SDES, 2022), le chauffage et la production d’eau chaude sanitaire (ECS) représentent 77 % de la consommation d’énergie d’un ménage français. Les chaudières qui utilisent les combustibles fossiles sont les plus émettrices de gaz à effet de serre.

En instaurant un seuil d’émission maximum de 300 g équivalents CO2 émis par kWh PCI, le décret du 5 janvier 2022 a interdit les nouvelles installations de chauffage ou ECS au fioul domestique traditionnel (324 g CO2eq/kWh PCI) à compter du 1er juillet 2022 – la date de signature du devis faisant foi.
Les chaudières fioul existantes peuvent continuer à être utilisées, entretenues et réparées. En revanche, une chaudière fioul non réparable doit obligatoirement être remplacée par une solution qui respecte le seuil.
Les émissions de gaz à effet de serre selon le mode de chauffage
En gCO2 pour 1 kWh de chauffage

Quelles exceptions à l’interdiction ?
Deux cas de dérogation sont prévus :
- Impossibilité technique ou réglementaire (bâtiment classé, plan local d’urbanisme, etc.) de remplacement par une solution conforme au seuil. Elle doit être justifiée par une note technique
- Lorsque ni réseau de chaleur, ni réseau de gaz naturel ne sont présents, et qu’aucun équipement
compatible avec le seuil ne peut être installé sans travaux de renforcement du réseau de distribution publique d’électricité
ATTENTION :
La rumeur selon laquelle l’interdiction pourrait être contournée en assemblant un corps de chauffe et un brûleur achetés séparément est fausse puisque l’équipement ne sera pas conforme au seuil de 300 g CO2eq/kWh PCI. Un professionnel qui installe une chaudière fioul neuve en dépit de l’interdiction risque 45 000 euros d’amende ! Les chaudières « biofioul ready » proposées à la vente peuvent techniquement fonctionner au fioul classique, mais elles sont interdites par la réglementation (sauf cas de dérogation prévue). Il relève du devoir de conseil de l’installateur d’expliquer au client que ces chaudières doivent obligatoirement utiliser du biofioul. De plus, il faut impérativement inclure dans le
devis les travaux nécessaires à la conversion de l’installation vers le biofioul.Les émissions de gaz à effet de serre selon le mode de chauffage
Quelle solution de remplacement proposer au client ?
Les guides PROFEEL « Conversion d’une installation fioul en maison individuelle » et « Conversion d’une chaufferie fioul » permettent d’accompagner les installateurs dans l’identification de solution(s) technique(s) pertinente(s) en fonction des contraintes techniques et des contraintes d’approvisionnement.
Une fois sa faisabilité confirmée, il faut tenir compte de l’éligibilité de la solution aux aides nationales (voir tableau), mais aussi locales.
Le site de l’ANIL cite par exemple le Fonds Air transition fioul, cumulable avec les aides de l’Anah, qui propose aux habitants du Pays du Mont-Blanc une aide de 1 000 à 4 000 euros selon les revenus et un bonus de 1 000 euros pour une PAC ou une installation solaire thermique.
Éligibilité aux aides nationales des solutions conformes au seuil réglementaire destinées aux maisons individuelles

Quatre ans après : quel impact sur le terrain ?
En pratique, il est difficile d’évaluer l’impact réel de l’interdiction des chaudières fioul neuves sur les émissions de CO2 car les données des analyses disponibles en février 2026 s’arrêtent à 2022.

Côté marché, les chiffres publiés par UNICLIMA ne permettent pas non plus de dégager une tendance puisqu’ils agrègent les ventes de chaudières gaz et fioul.
En revanche, les statistiques du coup de pouce chauffage donnent une idée des solutions techniques privilégiées pour le remplacement du fioul en maison individuelle.
À savoir : pour les logements collectifs et les bâtiments tertiaires, les statistiques du coup de pouce n’ont pas été rendues publiques par la DGEC.
Nombre maisons individuelles pour lesquelles des travaux travaux remplacement fioul éligibles au coup de pouce chauffage ont été engagés

Des évolutions visibles malgré des données limitées
L’impact du « coup de boost fioul », qui a revalorisé les montants du « coup de pouce chauffage » entre le 29 octobre 2022 et le 30 juin 2023, est clairement visible sur la période 2022-2025 avec environ 87 700 devis de travaux en maison individuelle signés sur cette période.
Également, on constate l’émergence des chaudières biofioul avec une hausse de 17 % des ventes entre août 2023 et août 2024 d’après un communiqué de la FF3C.

Les fabricants ont pris le virage du biofioul avec des brûleurs et des chaudières d’ores et déjà compatibles au F30 depuis 2022 et bientôt aux futurs biocombustibles F55 et F100 en cours de développement.
Une trajectoire encore incomplète
En novembre 2018, le gouvernement s’était engagé à mettre fin au chauffage domestique au fioul traditionnel dans un délai de 10 ans.
Selon l’Ancols, il ne restera plus aucune chaudière fioul dans les logements sociaux à horizon 2027.
Du côté du parc privé, la dynamique des aides financières impulsée par le gouvernement influence considérablement les ménages.
Même si les rénovations progressent, nous sommes encore loin du « zéro fioul ».
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