Éclairage Juridique

Du chantier au transat : bâtissez votre planning de congés

Rédigé par Aline Marcheguet,

Paru dans Gesec Magazine 272 Hiver 2025

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Les congés payés font partie du quotidien de toutes les entreprises, mais entre les règles légales et les particularités du bâtiment, il est parfois difficile de s’y retrouver. Chaque année, les employeurs jonglent entre les souhaits des salariés, les exigences d’organisation de l’activité et les obligations réglementaires. Voici l’essentiel pour organiser les congés sans fausse note.

L’employeur reste le chef d’orchestre du calendrier des départs en congé, mais son pouvoir n’est pas absolu. Au-delà des règles de période et de durée, il doit tenir compte de la continuité de l’activité et, dans la mesure du possible, des besoins de ses salariés.

Pour cela, plusieurs critères entrent en jeu :

  • La situation familiale
  • Les possibilités de congés du conjoint
  • L’ancienneté
  • Le cas échéant, l’activité du salarié chez un ou plusieurs employeurs

Une fois les dates arrêtées, elles doivent être communiquées au minimum deux mois avant le départ pour les entreprises relevant des conventions collectives du bâtiment – le Code du travail prévoyant, lui, un délai d’un mois.

Congés dans le BTP

Les règles du jeu

  1. Acquisition des congés :  Chaque salarié accumule 2,5 jours ouvrables* par mois travaillé (30 jours par an).
  2. Période de référence : La période d’acquisition s’étend du 1er avril au 31 mars, et les congés doivent être posés entre le 1er mai et le 30 avril de l’année suivante.
  3. Congé principal : Le congé principal doit être pris entre le 1er mai et le 31 octobre, pour une durée comprise entre 12 jours ouvrables minimum (2 semaines) et 24 jours ouvrables (4 semaines).
  4. Exceptions possibles : Certains salariés, notamment ceux originaires des territoires d’outre-mer ou de nationalité étrangère, peuvent, avec l’accord de l’employeur, poser tous leurs congés d’affilée.
  5. Fractionnement : Si une partie de congé principal est prise hors de la période 1er mai-31 octobre, cela ouvre droit à des jours de fractionnement (1 ou 2 jours), indemnisés par la Caisse des congés payés du BTP.

* jours ouvrables : tous les jours sauf les dimanches et les jours fériés. Les congés sont donc décomptés du lundi au samedi.

 

Est-il possible d’imposer des dates de congés ?

OUI !

Mais si vous souhaitez imposer des dates de congés à un salarié ou en cas de fermeture d’entreprise (par exemple en août ou durant les fêtes de fin d’année), ce délai de prévenance de deux mois doit impérativement être respecté. Pour éviter toute contestation, privilégiez une information écrite : note de service, affichage, intranet… Et n’oubliez pas : la consultation du CSE est obligatoire avant toute décision de fermeture pour congés payés.

En pratique, à l’exception des périodes de fermeture, il est fréquent que l’employeur demande aux salariés leurs préférences avant de fixer l’ordre des départs. Il est conseillé d’utiliser un formulaire de demande de congé, précisant le délai de prévenance à respecter par le salarié, et les modalités de validation par le responsable hiérarchique.

Le repos, c’est sacré !

L’employeur a l’obligation légale de permettre à ses salariés de prendre leurs congés (article R3143-1 du Code du travail). À défaut, il s’expose non seulement au versement de dommages-intérêts, mais aussi à des sanctions pénales pouvant atteindre 1 500 euros d’amende par salarié. Il doit donc mettre en place toutes les mesures nécessaires pour garantir la prise effective des congés – et être en mesure de le prouver en cas de contestation. Cette obligation de garantir le repos implique également une interdiction absolue : aucun salarié ne peut être placé en astreinte pendant ses congés, ceux-ci étant destinés à assurer un repos complet. Toute intervention, même ponctuelle, serait considérée comme du temps de travail effectif, ce qui est incompatible avec la finalité même des congés. Lorsque l’employeur a mis en place les dispositions nécessaires pour permettre la prise des congés, un salarié qui n’a pas utilisé l’ensemble de ses droits durant cette période les perd en principe, sans possibilité d’indemnisation.

Arrêts de travail : le casse-tête du report des congés

Les arrêts de travail peuvent obliger l’employeur à reporter les congés payés d’un salarié, avec toutes les contraintes que cela implique. Le report s’applique dans deux situations :

  • Le salarié tombe malade pendant ses congés et se voit prescrire un arrêt de travail
  • Un arrêt de travail l’empêche de poser l’intégralité de ses congés au cours de la période de prise (1er mai – 30 avril dans le BTP)

À sa reprise, l’employeur dispose d’un mois pour informer le salarié du nombre de jours de congé restant et de la date limite pour les utiliser (article L. 3141-19-3 du Code du travail). de congé restant et de la date limite pour les utiliser (article L. 3141-19-3 du Code du travail). En cas d’arrêt de travail ayant empêché le salarié de poser tout ou partie de ses congés au cours de la période de prise de congés (1er mai N – 30 avril N+1 dans le bâtiment), il bénéficie d’un report de 15 mois pour les utiliser :

  • Cas général : le délai débute à compter de l’information transmise par l’employeur après la reprise
  • Arrêt longue durée (> 1 an) : le délai commence à la fin de la période de référence, même si le salarié n’a pas encore repris son poste

L’obligation d’information s’applique à tout arrêt, quelle qu’en soit la cause ou la durée. Elle reste à la charge de l’employeur, même lorsqu’il est affilié à une caisse de congés payés, car la caisse n’a pour rôle que d’indemniser les congés et non d’organiser leur prise au sein de l’entreprise.

L’information doit être transmise par un moyen donnant date certaine, par exemple via le bulletin de paie ou un courrier remis en main propre contre décharge. À ne pas oublier !

Des vacances en toute sérénité

Gérer les congés peut parfois sembler un vrai défi… Mais avec un peu d’anticipation, de planification et des règles claires, vous garantissez à la fois la sécurité juridique de l’entreprise, la continuité de l’activité et le repos bien mérité de vos salariés.

Et surtout, souvenez-vous : un planning bien ficelé, c’est comme un chantier parfaitement organisé. Chacun sait où il va, personne ne se marche sur les pieds… et, au final, tout le monde peut partir en vacances en toute sérénité !

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