Etats-Unis / Chine / Russie : la course aux hydrocarbures
Dans le contexte de raréfaction des ressources, le contrôle de celles-ci, ainsi que la continuité de l’approvisionnement énergétique sont devenus un véritable enjeu qui affole les acteurs eux-mêmes, et qui explique le combat que la Chine et les Etats-Unis se livrent. Ainsi, guerre en Irak, instabilité au Moyen-Orient, menaces de sanction proférées par l’Iran, nationalisations décrétées au Venezuela et en Bolivie, les prix flambent (200% entre avril 2000 et avril 2007 pour le pétrole de la mer du Nord). Mais l’augmentation du cours du brut s’explique surtout par la forte hausse de la consommation en Chine et, dans une moindre mesure en Inde. La République populaire de Chine (désormais 4e puissance économique mondiale) est désormais le 2e consommateur mondial de pétrole après les Etats-Unis et devant le Japon. Dès lors, Pékin et Washington se sont lancés dans un combat sans merci pour sécuriser leurs approvisionnements en hydrocarbure.
L’énergie nucléaire ne représente que 8 % aux Etats-Unis, la construction de nouveaux réacteurs nucléaires ayant été suspendue depuis l’accident de la centrale de Three Mile Island en Pennsylvanie en 1979. Le charbon représente 23 % de la consommation et le pétrole 40 %. Or les vastes réserves de charbon ne sont qu’en partie exploitées, à cause d’un coût élevé d’extraction et des rejets toxiques dégagées par les centrales thermiques.
L’Energy Policy Act adopté en août 2005 accorde la priorité aux énergies renouvelables et au développement de nouvelles centrales atomiques. Mais la part du pétrole dans la consommation d’énergie sera prépondérante pendant encore de nombreuses années. En effet, la politique pétrolière de Washington consiste non dans la réduction de la demande mais dans la diversification de l’offre, en clair trouver de nouveaux fournisseurs en hydrocarbures plutôt que modifier les habitudes de consommation et promouvoir de nouvelles formes d’énergies. Contrairement à une idée reçue, c’est la Canada et non le Moyen-Orient qui est le premier fournisseur des Etats-Unis. Viennent ensuite le Mexique, le Nigéria et le Venezuela (47 % des importations) et le Golfe arabo-persique avec 17%.
La dépendance en pétrole de la République Populaire de Chine est due à son impressionnant décollage économique. Celle-ci a donc entrepris une véritable stratégie pétrolière en limitant sa dépendance à l’égard du Moyen-Orient, et en entretenant des relations fructueuses avec l’Iran, échangeant des hydrocarbures contre des armes perfectionnées. Cette coopération inquiète Washington puisqu’elle apporte de précieuses devises à Téhéran, mettant en échec sa politique d’isolement du régime. Les Etats-Unis et la Chine s’affrontent donc en Afrique, en Amérique latine et en Asie centrale. De plus, cette compétition devrait s’accentuer dans les prochaines années et s’élargir à l’Inde, dont l’appétit énergétique ne cesse de croître, étant donné sa vigoureuse croissance économique.
De même, la Russie n’hésite pas à démontrer dès que nécessaire sa puissance hégémonique sur l’approvisionnement européen du gaz. Ainsi, en août dernier, l’arctique a soudain fait l’objet de toutes les attentions. Il aura suffi cet été qu’un sous-marin de poche russe plante un drapeau en titane à plus de 4000 mètres de profondeur pour aiguiser les convoitises sur une région encore largement vierge… et supposée très riche en hydrocarbures. Le Canada, le Danemark et les Etats-Unis se sont empressés de déclarer que la Russie n’était pas la seule à avoir des visées sur le continent blanc. Plus discrète, la Norvège n’en revendique pas moins une part du gâteau. D’ailleurs, pour les pays ayant un accès à l’Arctique, le réchauffement climatique n’aura pas que des inconvénients. En effet, la fonte des glaces, jugée inéluctable, permettra de prospecter des fonds marins qui recèleraient près d’un quart des réserves nom prouvées de gaz et de pétrole de la planète, selon l’organisme scientifique US Geological Survey.
Pour en savoir plus
- "Géopolitique de l’énergie. Besoins, ressources, échanges mondiaux" - Jean-Pierre Favennec, éditions Technip, 2007.
- "Les Grandes batailles de l’énergie" – Jean-Marie Chevalier, Gallimard, 2006.
- "La Bataille de l’énergie" - Questions internationales, n°24, mars-avril 2007.