« Vous y passerez tous, elle vous mangera tous, ta stupide trouvaille ! Ah ! Vous voulez danser sur un volcan vivant ! Edouard, j’en ai fini avec toi ! Ta saloperie de feu va vous éteindre tous, toi et ton espèce, et en un rien de temps, crois-moi ! Yah ! Je remonte sur mon arbre, cette fois tu as passé les bornes, Edouard, et rappelle-toi, le brontosaure avait lui aussi passé les bornes, où en est-il à présent ? Adieu, back to the trees.»
Edouard, homo erectus né au cœur de la préhistoire, est le héros du roman de Roy Lewis, "Pourquoi j'ai mangé mon père". Une fois de plus, sa sœur Vania s’en prend à lui car, perché sur un arbre, il rêve de progrès, de cavernes chauffées, de dominer le feu, d’inventer l’arc, les pointes durcies à la flamme… Et quelque part, elle n’avait pas tort.
La fin annoncée des énergies fossiles

Après les premières inventions nécessaires à la survie de l’espèce, la période néolithique révolutionnera l’histoire de l’humanité : l’homme s’arrachera à la nature, la colonisera et la transformera, notamment grâce au feu. Il pratiquera l’agriculture et l’élevage, plutôt que la chasse et la cueillette, il dominera la pierre, le cuivre puis le fer. Les humains travailleront la terre et mobiliseront de nouvelles énergies. Durant des millénaires, le bois, le vent, l’eau, la force animale et humaine seront les seules sources d’énergie envisagées. Alors, la traction animale, les moulins crétois et la marine à voile, toutes les sources énergétiques disponibles pour assurer le développement humain étaient renouvelables. Les énergies fossiles étaient bien sûr connues : des forgerons employaient déjà le charbon au IVe siècle avant notre ère, et le pétrole était utilisé pour étancher des citernes, des conduites d’eau, des navires… Mais rien ne laissait présager la révolution industrielle du XIXème siècle, permettant l’accès aux ressources fossiles (charbon, gaz, pétrole). S’il est vrai que cette révolution a largement contribué à la structuration des rapports économiques, sociaux et politiques contemporains, elle nous a aujourd’hui conduits aux limites d’un modèle de développement fondé sur deux postulats, plus ou moins conscients, dont nous sommes aujourd’hui certains qu’ils sont faux : celui du caractère inépuisable des ressources énergétiques actuelles, et celui de la neutralité de leur utilisation vis-à-vis de l’environnement.
Entre 1973 et 2000, le monde et la France ont respectivement augmenté leurs consommations d’énergie de 65 % et de 40 %. A ce rythme, les besoins seront doublées d’ici 2050. Les réserves actuelles de gaz seront épuisées dans 60 ans, le pétrole dans 40 ans, l’uranium dans 70 ans. Même en doublant le volume possible de ces réserves par l’hypothèse de la découverte de nouveaux gisements, l’échéance ultime serait repoussée d’à peine 60 ans. Entre temps, le mouvement de décrue des ressources provoquerait des tensions de plus en plus intenses sur la régularité des approvisionnements, et évidemment, sur les prix. Nos modes de production, de transport et nos modes de vie devront s’adapter, nécessairement. Ces transformations prendront du temps, même parfois beaucoup de temps. Il faut trouver des énergies de substitution ou de nouvelles façons de créer l’énergie sans matière tarissable, et par conséquent, modifier la technologie de nos voitures, la conception des bâtiments, et les process de nos usines. Compte tenu de ce temps incompressible de création et de réalisation, il est urgent d’agir tout de suite.
De plus, nos habitudes de consommations sont installées dans une forme de certitude inconsciente et d’éternité énergétique. Le réveil risque d’être douloureux et brutal. Il suffit de projeter l’impact d’un prix du litre de carburant à plus de 2 euros le litre, ou le doublement de notre facture de gaz domestique pour se faire une idée à peu près juste d’un futur très proche.